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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 14:38

Cela fait maintenant une semaine que le mondial de 100km à Los Alcazares en Espagne est terminé.
Cela fait une semaine que j'ai repris le travail, que j'ai repris une vie "normale", que je soigne mon tendon du quadriceps, que j'ai revu des personnes importantes de ma préparation. J'ai pu ainsi faire un petit bilan pour tirer tout le positif de cette préparation et repartir sur de bonnes bases.

 

Je sais maintenant que je suis dans le vrai pour aller plus loin sur cette distance.

 

Mon équilibre physique et mental passe dorénavant par:

 

-une préparation physique du corps dans sa totalité. Une bonne musculature du haut est primordiale. De plus c'est une activité qui change de la course et cela donne confiance. Bon il faut dire aussi que j'ai un bon coach. Merci Marco. https://www.facebook.com/marco.mairet?fref=ts

 

-une préparation mentale complète permettant de la relaxation sur la période d'entrainement, de l'anti stress avant compétition et de la préparation à la compétition par tout un tas de techniques. Et encore cela reste à approfondir, mais les premiers résultats sont là. Merci Fabienne. http://www.fh-sophro.fr/

 

 

De mon côté, je valide l'utilisation de mon vélo en mode home trainer pour compléter mon entrainement et/ou pour m'en servir de pré fatigue.

Je valide aussi le fait d'enchainer 2 jours de travail spécifique 100 et un jour de semi repos.

Sur 2 jours consécutifs, on peut travailler sur la fatigue et faire un gros volume, tout en restant rapide et dynamique.

Je pense avoir trouver mon rythme en faisant 2 semaines de travail et une semaine plus light.

Et enfin le fait de commencer sur des allures 10km et peu de volume puis allure marathon avec un peu plus de volume pour terminer sur du spé 100 avec un gros volume, donne une capacité à être rapide et facile sur du 100 et permet de ne pas s'épuiser.

 

Je valide la suggestion de mon équipementier Tensport sur le choix des Mizuno Sayonara pour courir le 100. Merci Manu. Ton expertise est redoutable.

 

Je remercie Ergysport , Nuternel et le Leclerc Drive Blagnac Bruguieres pour leur énorme contribution dans mon challenge.

 

Je remercie ma société SII qui m'aide et partage ma passion et mon gout de la performance. Sans eux cela serait très compliqué.

 

Et bien sûr mon club d'Athlétisme de Blagnac et tous ses membres, pour un tas de choses.

 

A toutes ces personnes qui me font confiance, je viens ici vous dire que la performance est proche. Mon tout de même joli 6h43' sur la distance ne me suffit pas, vous l'aurez bien compris. Cette année en vu du mondial en Espagne, je me suis remis encore en question. J'ai mis en place toutes ces choses citées plus haut. Je sens aussi que c'est la première fois ou je concatène toutes mes expériences de cent bornard pour en sortir un entrainement avec un E majuscule. J'ai franchi un cap énorme. Je le sens. Je le ressens.

Quel dommage pour ce mondial car je n'ai pas pu mettre un chrono sur mes actes. Mais cela viendra. En lisant (ci dessous) mon compte rendu de ce mondial, vous comprendrez peut être pourquoi j'affirme cela.

A bientôt. Je vous tiens au jus de mon protocole de rémission.

 

 

Dimanche 20 Novembre 2016. Voilà cela fait une semaine que j'ai ralenti. Cette semaine j'ai couru 71km et fais un peu de home trainer. Je considère que j'ai assez travaillé avant et les deux dernières semaines avant la compétition doivent être très légères. Pour autant je garde des séances d'allure : 15km en 3'38/km, 8*300m,10km en 34'05, 20km en 3'44/km.

Ce dimanche matin c'est juste 45 minutes de home trainer.

 

Cet après midi je ne fais rien ! Alors je profite du soleil pour faire un peu rangement dans mon jardin. Rien de bien méchant. Je met des choses à la poubelle. Tiens un morceau de polystyrène. Je met mon pied dessus pour l'écraser....

Et vlan !! Je ne sais même plus comment je fais mais je glisse et pars en arrière. Afin de ne pas tomber sur la tête, je me vrille côté gauche pour me rattraper. Je cogne mon coude. En me relevant plus de peur que de mal. J'ai le coude un peu engourdi mais ca va. Ouf !!!

 

Sauf que...le soir je commence à sentir une douleur au niveau du genou. Dans la nuit la douleur me réveille. Je prends du paracétamol et cela me soulage. Avec ma femme on pense que je me suis cogné le genou et donc cela devrait passer. Je passe de l'arnica, du froid etc ...

 

Durant toute la semaine, la douleur va diminuer mais pas disparaitre. Je suis inquiet du coup. Mais les 2, 3 footings dans la semaine me porte à croire que ce n'est rien. Le jeudi je préviens tout de même le staff de l'Equipe de France. Le kiné et le médecin me regarderont en étant là bas.

 

Durant toute la semaine, je ne pense pas vraiment au championnat. Je vais même récupérer la valise pour partir que le jeudi et je finis de faire mes affaires au dernier moment. Cela ne m'est jamais arrivé. Je suis vraiment détaché de l'évènement. C'est génial et profitable pour la récupération. La sophrologie fait son effet.

 

Vendredi 25 Novembre 2016. Il est 6h. Je me réveille. Mon beau père vient me chercher vers 7h, direction l'aéroport. Trajet Toulouse Paris. Avec un peu de retard et un double atterrissage (re-décollage au dernier moment avant d'atterrir ... ça fait bizarre !) , je retrouve l'Equipe de France à Orly. Nous déposons nos valises, nous mangeons et nous voilà parti pour un Paris Alicante (2h de vol).

L'arrivée à Alicante se fait en temps et en heure: 15h20. Nous allons attendre d'autres coureurs de différentes nationalités afin de prendre un bus qui nous amène jusqu'à Los Alcazares.

Il est pratiquement 18h lorsque nous arrivons à l'hôtel. Je suis, comme d'habitude et cela nous convient très bien, avec Jérôme Andrieu dans la chambre. Euh en fait là c'est carrément un petit studio pour 4. On aura du coup chacun notre grand lit et notre chambre... vu sur la mer et la piscine en contre-bas.

Le repas sera servi vers 20h (très bien) et le coucher se fera vers 21h30-22h. On a un peu le même rythme avec Jérôme. On n'est pas des couches tard. Faut dire que la journée a été longue. Avant de me coucher, le kiné et le médecin me font un examen. A priori pas grand chose mais une pointe autour du genou et surtout quand j'ai la jambe à 90°C. On passe sous anti inflammatoire et le médecin me dit de faire gaffe dans les virages à gauche le jour de la course.

 

Sur cette journée, même si cela a discuté des prétendants de dimanche, du parcours etc ... je n'ai jamais eu de stress, je n'ai jamais pensé vivement à la compétition. Je n'y suis pas rentré dedans car celle-ci débutera le samedi matin comme programmée avec Fabienne.

 

Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne

Samedi 26 Novembre 2016. Je me lève après Jérôme, vers 7h30. J'ai moyennement dormi car j'ai eu froid. On n'avait pas réussi à mettre la clim en route. Problème dans plusieurs chambres.

 

Ma journée commence par des exercices de sophrologie. Et cela va durer toute la journée. L'objectif est d'être reposé, détendu, non stressé. Puis je pars au p'ti déj.

On fait un petit footing vers 10h. Je pars sur le bord de mer, seul endroit que je n'avais pas pu repérer (visualiser) sur google car ce n'est pas de la route. Je suis surpris dans le bon sens. Le pavage n'est pas si catastrophique que cela et je trouve même qu'il peut être rapide. Quelques points de repères sont intégrés par mon cerveau. C'est bon j'ai tout le parcours gravé dans ma tête.

 

Ce qui est bien aussi, c'est que je n'ai pas de douleur au genou. Ca me booste ! Je vais quand même faire attention toute la journée.

 

12h30 repas. 16h prépa des ravito. 17h cérémonie d'ouverture. 18h30 repas.

 

Entre temps, c'est sophrologie et relaxation. Mais aussi, à la manière des skieurs de descente, visualisation du parcours. Je suis chez moi. Je le connais par coeur. Je suis dans mon jardin.

Je me couche vers 22h, détendu, je m'endors assez rapidement, rare avant une compet et surtout avant un championnat du monde ! (Je n'aurais pas froid la clim marche).


 

Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne
Petit retour sur le mondial en Espagne

Dimanche 27 Novembre 2016. Le réveil sonne à 4h30.

Pour des contraintes logistiques, je déjeune directement dans la chambre avec mon gâteau de l'effort et une banane. Puis je pars à la salle du petit déj (qui ouvre entre temps) et je me bois un thé.

 

Je suis encore dans un état très calme. Je remonte dans ma chambre. Je me prépare puis je m'active physiquement avec le deuxième programme de sophrologie. Ca y est je suis dans la course. Je suis en totale confiance. Je suis sûr de moi. Et pourtant j'ai un plan de marche qui pourrait en faire sourire (ou hurler) plus d'un !

 

On descend se chauffer. C'est pratique la ligne de départ/arrivée est en bas de l'hôtel. Je trotte sur 10 minutes pas plus. Il fait bon ce matin. Pas de vent. Pas de pluie. Il fait encore un peu nuit.

 

On rentre dans la chambre d'appel.

 

Premiers signes.

Mince je n'ai presque rien fait et je commence à sentir ma pointe au genou. Je ne montre rien. Ce n'est pas grand chose. J'ai confiance.

Là, on se regroupe. Toute l'Equipe de France, femmes et hommes se tient en cercle, telle une équipe de sport co. Le cri de guerre est laché.

Je me tiens près de la ligne de départ en deuxième ligne.

 

7h le départ est donné.

 

Cela part relativement doucement : autour de 15km/h. Je suis dans le paquet de tête même si rapidement les africains du Sud vont se faire la malle. Je ne m'en fais pas. Je pense qu'ils vont déguster plus tard. Je suis à côté du champion du monde Jonas Buud, du vice champion du monde Asier Cuevas, de l'ex triple champion du monde Giorgio Calcaterra etc ....

Après le 3eme kilo, comme on est sur du 3'58/km environ, je décide de prendre mes responsabilités et de me mettre sur mes bases. J'accélère progressivement sans à coup. Je suis donc détaché mais je vais récupérer un autre coureur. Peu après le groupe va me rejoindre, se mettant eux aussi à mon rythme.

Première surprise Buud ne suit pas.

Moi je suis bien, tranquillement au chaud dans ce groupe. Je me laisse porter. Premier tour de 10km bouclé en 38'53. Ca va pour un premier tour.

Puis le 2eme et le 3eme tours suivent. 38'29 et 38'13. Cool je suis sur ma base voulue en moyenne.

 

J'ai toujours ma douleur au genou et plus importante mais je l'occulte mentalement.

 

Les sensations sur ces trois premiers tours sont inconnues pour moi et presque indescriptibles.

 

Voilà un passage de ce que j'ai écris à ma Sophrologue, peu de temps après la compétition:

 

On passe le premier tour (10km) sans problème. Et là la magie s'opère.Je vais faire les 2eme et 3eme tours, en allant de plus en plus vite et pour autant je vais me sentir dans un état particulier.J'ai cette image qui me revient ou je vois mes pieds qui avancent mais j'ai l'impression que mon corps est coupé en deux au niveau du bassin. Mes pieds avancent tout seul. Je n'ai pas l'impression de courir. Et pourtant je ne suis jamais allé aussi vite sur un 100km et je suis bien avec les tous meilleurs.De plus mon coeur bat comme si j'étais assis sur une chaise longue. Pour le souffle c'est identique. Je peux pratiquement courir avec la bouche fermée. On navigue alors sur des allures autour de 15.6-15.8km/h. Et j'observe. J'observe les autres. Je regarde comment ils courent. Je vois leur défauts, leur tics. Je me dis lui il est bien , lui il n'ira pas loin à ce rythme.J'écoute leur souffle. Je les entends souffler un par un. Je sais qui est dans le coup. Et cela se vérifie au fil des kilomètres.J'ai vraiment cette sensation de ne pas être vraiment là ou du moins au dessus du groupe. Je ne me vois pas courir mais je vois les autres.On effectue le 3eme tour à un peu moins de 16km/h de moyenne (tour le plus rapide) et pourtant j'avais l'impression qu'on avait ralenti.Que de sensations nouvelles pour moi. Quel plaisir de courir.Mon corps me trahira par la suite à cause de ce problème au genou. Le corps me criera stop. J'apprendrais en revenant en France qu'en fait j'avais un des tendons du quadriceps à moitié cassé. J'ai passé outre la douleur pour finalement m'arrêter au bout de 57km. Mon cerveau ne prenant pas en compte la douleur au genou, mon corps trouvera une autre parade en bloquant mon bassin juste après le 30eme kilomètre. Ca a été net. Dès lors mes quadriceps étaient en tension permanente et bizarrement mon genou allait mieux ou du moins je le sentais moins. Mais c'était donc la fin annoncée. J'aurais pu arrêter au 40eme mais non. Et puis je m'arrête donc sur le 6eme tour car ne prenant pas en compte le blocage des jambes,le corps relança de plus belle la douleur au genou. Avec le recul, j'ai donc pu courir 57km avec un tendon fichu. Mon cerveau oblitérant tour à tour les signaux de douleurs.

 

Et donc je vais ralentir sur le 4eme (39'07) et 5eme tour (39'53) et passer au 50eme en 3h14'35. Je serais toujours dans la marge haute que je m'étais fixé malgré tout ce que le corps endurait. La volonté était là, le mental plus que jamais au sommet. Il a été très difficile de faire accepter à mon cerveau qu'il fallait arrêter la course. Mais je n'avançais plus et mon corps n'aurait pas pu faire 40 kilomètres de plus.

 

Au 55eme, au ravito de la mi-course, je m'arrête en jetant l'éponge (je jette mon bandeau de tête). Je demande si d'autres de l'équipe ont abandonné. Réponse: en fait je suis le 3eme. En gros si j'abandonne, il n'y a plus de classement par équipe homme. La volonté ne m'ayant pas tout à fait quittée, je demande du froid au kiné Julien qui m'applique de la bombe sur le genou. Je remets mon bandeau et je repars.

Mais c'est pire ! La douleur est encore plus vive. Je boite. Je réussirais à aller jusqu'au 57 et quelques mais pas plus. D'ailleurs la douleur au genou n'est peut être pas plus vive qu'avant mais mon cerveau ne masque plus rien. Il était temps de stopper: je pense que j'aurais pu très mal m'en sortir.

 

Je rentre à pied en encourageant tous les membres de notre équipe. Je récupère mes affaires. Je vais me doucher. Je repartirais sur le parcours, en boitant, pour aller encourager les filles. Je ne pouvais pas en rester là.

 

Après la course, on ira se défouler un peu dans un bar plus loin. L'ambiance est tellement bonne dans ce groupe, que l'on devait aussi d'apprécier ces moments là... quelque soit le résultat de chacun.

 

On ira manger vers 20h. La journée a été longue. Je m'endors presque sur la table. Je monte me coucher. Là tout remonte, l'alcool aidant. Que de travail, d'investissements, de sacrifices, pour en arriver là. Notre manager 100 me dira que ce n'est plus la pilule dure à avaler mais le pilulier en entier !! Il a raison. Dur dur. Tout ressort donc, je suis inconsolable. J'ai presque 40 balais mais l'émotion est vive et c'est tellement une passion que je ne peux m'empêcher d'avoir une réaction intense.Bref ...

 

Lundi 28 Novembre 2016. Ce matin une grosse partie du travail d'évacuation de la déception est faite. Je commence déjà à prendre les points positifs. J'ai par contre super mal au genou !! Il est 5h. On part déjà. Je rentrerais chez moi vers 17h15, le temps de récupérer les enfants à l'école. La vie reprends son cours.

 

Mardi 29 Novembre 2016. 8h je vais au travail. Je raconte mon histoire un nombre de fois que je n'ai pas compté. J'aurais aimé raconter autre chose.

 

Le soir je vois mon médecin. Après une echo, le diagnostic est là. Le tendon du vaste interne a pas mal de fibres cassées. Ma douleur ne pouvait pas partir comme cela en effet. Verdict: j'en ai pour 3 semaines mini.

Fin de l'histoire. Mais fin du premier acte. A suivre .....

Avec Wouter Decock (Belgique) et Asier Cuevas (Espagne)
Avec Wouter Decock (Belgique) et Asier Cuevas (Espagne)

Avec Wouter Decock (Belgique) et Asier Cuevas (Espagne)

 

Mon petit réconfort de la semaine suivant le championnat.

Petit retour sur le mondial en Espagne

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Published by jeromebellanca - dans Blog
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commentaires

Nicolas 08/12/2016 13:53

Bonjour,

Trop triste pour vous. je suis sûr que la couronne mondiale sera vôtre dans les années à venir.

Olivier 08/12/2016 10:58

Quoi dire. Tes semaines d’entraînements sont tellement énormes....
Peu de corps sont capables d'endurer autant.
La prochaine compétition sera la bonne même si ton palmarès impressionnant t'as déjà sûrement
comblé.

Xavier 06/12/2016 21:49

Bravo Jérôme.
La prochaine sera la bonne.
À bientôt à la ramée
Xavier