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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 14:39

Du même coup, je perdrais plus tard les motos ouvreuses et je serais suivi en vélo jusqu’au 20eme environ. De là on m’indique que c’est tout droit sur environ 10kilomètres : je prends le chemin de Halage. C’est un chemin en bordure d’un canal, spécifique vélo et piétons. Le seul hic c’est que c’est encore la nuit et comme tous ces chemins, pas d’éclairage. Je « navigue à vue » et impossible de voir ma montre. J’en profiterais pour faire ma 2eme et 3eme pause pipi (ouf ce sera la dernière). Le jour viendra progressivement vers le 30eme kilomètre. Ca va je suis dans l’allure.

 

Euh je ne vois plus le fameux Ludovic, même dans les longues lignes droites. Moi j’avance bien, je suis bien. Je suis rarement au-dessus de 4’/km. Les seules incursions au-delà sont quand il y a des côtes. Et oui car finalement le parcours n’est pas totalement plat. Alors ce n’est pas Belvès loin de là mais tout de même il y a quelques passages sympathiques. Par contre je vais être seul seul durant de longs kilomètres. En étant frais cela ne me dérange pas. Et puis à certains ravitaillements mon père est là pour filmer et m’encourager. Je déroule et j’ai quand même l’impression que mon allure est portée par le vent. Vers le 41eme je croise mon père et il m’indique que le premier est à environ 4 minutes. Ah bon ? Je trace jusqu’au point de demi-tour : 46eme kilomètre. Au passage je le croise. Je repère une maison et prend le chrono. Quant à mon tour je passe devant cette maison, effectivement c’est environ 4 minutes plus tard. Le demi-tour confirme mon ressenti : le vent nous a poussé et il va falloir le combattre jusqu’au 86eme !!!!! De là on fera demi-tour à nouveau pour rallier l’arrivée. En attendant il va falloir se coltiner le vent de face pendant 40 bornes !!!

 

Je passe au 50eme. Les officiels m’annoncent : 3h17’05. Sur les bases de 6h34 donc. Bon on verra bien, maintenant j’y suis alors. On ne m’a pas forcé. Soit je fais le coup de l’année soit je limiterais la casse. Peu de temps après le 50eme, les coureurs et suiveurs vélos que je croise dans l’autre sens me disent que le premier est à 2-3 minutes. Tout va bien même si il y a des passages de route qui ne me plaisent pas et surtout en étant seul au monde. Et puis tout va très vite. Je croise encore du monde: « il est à 500m », « il est à 30secondes ». En un rien de temps je rattrape Ludovic et effectivement je le vois. On retrouve le chemin de Halage (dans l’autre sens) et environ au 61eme kilomètre, je prends la tête de la course. Je suis toujours sur des allures entre 3’52 et 4’ au kilo. Mais à partir de là je suis vraiment seul et cela pendant des kilomètres et des kilomètres. Il faut vraiment avoir la passion et être motivé. Mais ça cela va pas mal de mon côté. Je cours toujours contre le vent et ce n’est pas une simple impression la fatigue aidant, mais le vent est plus prononcé. Et malheureusement il va achever son travail. Au 70eme km, je suis forcé de ralentir. Je commence à être vraiment fatigué. Mais c’est qu’il va falloir tenir un minimum…enfin 30 bornes quoi !

100kmAmiens 2 

Là je regarde ma montre et je me fixe après de rapides calculs, d’essayer de ne pas dépasser les 4’10/km. Mais c’est difficile. Je me souviens penser au chrono, penser qu’au 86 j’aurais le vent dans le dos, que s’il faut avec le vent dans le dos je pourrais reprendre un peu. Puis je pense aussi à ma famille, mes enfants : je vais bientôt les retrouver. Pas mal de choses comme ça. Tous les moyens sont bons. Je me dis que c’est un passage à vide et que ça va revenir. Mais que les kilomètres deviennent longs. Seul face au vent ! Et puis je ressens la fatigue générale de s’être levé deux jours d’affilés à 4h du mat’. Je commence à fermer les yeux en courant, je crois que j’ai sommeil !!!

 

Aller faut faire avec et suivre la voie. La monotonie s’installe. Je passe le 80 non sans difficulté. Je regarde le chrono je suis à 5h20’ de course. Je suis donc pile poil sur les basses de 6h40’….sauf qu’il reste 20 bornes. Mon allure faiblit encore. Je commence à aligner les kilos plutôt en 4’20 minimum. Je trouve que le 86 n’arrive jamais. 86, je t’attends. 86, je souffre. 86, viens à moi ! Ne connaissant pas le parcours et le paysage étant assez monotone (joli certes) depuis le 60eme, j’ai l’impression de ne jamais y arriver. Ma montre GPS est décalée de 500m environ mais je sais qu’on s’en rapproche. Et pourtant ! On part vers la droite et s’en suit une longue ligne droite. C’est pas possible !!!!! On tourne, on passe à un ravitaillo en forme de S (pas top !) ou il y a un tapis de contrôle de la puce et juste après le stand. On ressort sur la route, on fait le tour d’un pâté de maisons, une petite cote nous rappelle aux bons souvenirs et nous voilà reparti.

 

A l’aller j’avais visualisé le 90 marqué au sol. Allez, on y va on va le chercher. Malheureusement je dis « on » mais je suis seul. Enfin pas tout à fait vrai car depuis le 82 environ je crois me souvenir ( ???) je suis suivi par vélo et moto de l’organisation. J’essaie de relancer avec le vent mais c’est dur. J’arrive tout de même à gagner une dizaine de secondes par kilo. Je peste en ne voyant jamais le marquage du 90. Pourtant 300m après il est là. On bifurque sur la droite pour reprendre le chemin de halage mais on retrouve juste avant la ligne droite de tout à l’heure. Et là je suis un peu stoppé dans mon élan avec des rafales de vent. En rattrapant le chemin de Halage, oui le vent sera dans le dos.

 

Et c’est reparti sur le chemin qui n’est plus monotone pour moi mais carrément un chemin de croix !! Finalement depuis le 70 je ne fais que décliner et je ne retrouve pas de second souffle. Les jambes sont de plus en plus lourdes. Je vois passer tous les kilomètres un par un et ça n’avance pas. Je vais osciller entre  4’05 et 4’15 au kilo jusqu’au 95 environ. Mais là je lâche vraiment dans ma tête. Je suis carbonisé. Je me contente de la victoire car elle est assurée. Pour être honnête, car je suis un compétiteur, à un moment donné je pense au temps de Michael Boch 6h46’25 fait à Winschotten il y a peu (désolé Michael, je n’ai rien contre toi ça aurait été quelqu’un d’autre c’était pareil). Je peux peut être être en dessous et reprendre la place de 1er au bilan français de l’année. Mais je n’arrive même plus à réfléchir et faire mes calculs pour voir si c’est toujours faisable. Et je sais que je n’y suis plus. Je pense qu’en même être sous les 6h50’.

 

96, 97, 98. Et une côte pour sortir du chemin et remonter sur la route. Je ne regarde plus la montre, ce n’est plus utile. Le 99 est là, en ville proche d’un rond point. Je commence à savourer tout de même. J’y suis arrivé et je serais en moins de 6h50’. On tourne à droite, on rentre dans le parc de la Hotoie. On tourne à gauche puis à droite et on arrive sur la ligne droite d’arrivée. Elle fait bien dans les 400-500m je pense. Je déroule. Je ne cherche plus rien. Ma montre s’est coupée, plus de batterie, je ne sais pas à partir de quand. Surement entre le 96 et la fin. En fait je verrais plus tard que c’est entre le 98 et 99. Je dois finir cette ligne droite à 13 à l’heure tout juste. Je regarde tout autour et soudain …. Je vois Jacky sur le bas-côté déjà changé et avec sa femme Anne. Quoi !c’est pas possible ? lui qui voulait faire 7h59 !!! Que s’est il passé ?

 

Ca y est, il reste 30m, je vois que je suis dans les 6h47’. Je lève les bras puis je lève le poing, peut être témoignage de la rudesse de l’effort. Je ne réalise pas que je viens de mettre 6minutes à mon record sachant que c’est mon 2eme 100km et dans la même année. Je ne réalise pas que je suis tout de même 2eme français au bilan de l’année avec les meilleurs dans des chronos de haut niveau. Je ne réalise pas que je me positionne à la 7eme place mondiale de l’année….moi le novice sur la distance. Mais je suis un insatisfait en termes de course à pied. Je rêvais d’un chrono sous les 6h40’. Je sais aussi que j’ai ces 6h40’ à portée. Mais bon aujourd’hui j’ai pris des risques et il faut en accepter les conséquences.

 

100kmAmiens 3

Je passe la ligne, je m’arrête, cela fait toujours bizarre après tant d’heures. Presque de suite (je prends le temps de boire un coup), les journalistes locaux me questionnent. Un attroupement se forme autour de moi. Preuve de l’engouement pour la course dans ces régions. Cela vient doucement dans le sud de la France mais ce n’est pas encore cela.

 

Juste après, je monte sur le podium pour une petite interview par les speakers. Le vrai podium est prévu pour plus tard …euh surtout que les autres concurrents ne sont pas arrivés.

 

Pour ma part je commence à avoir froid. Les speakers s’en rendent compte. Je suis libéré pour aller à la douche. J’ai du mal à marcher. C’est dans une moindre mesure que pour Belvès mais tout de même. Les muscles se figent. Je prends ma douche. Elle dure trois plombe. Je n’arrive pas trop à me réchauffer. En me séchant et m’habillant un minimum, cela va mieux. J’ai tout prévu cette fois ci et notamment huile de massage à l’Arnica avec des gouttes de Gaultherie. Je me masse les quadri, les ischios et les mollets. Et bien c’est hyper efficace. Je peux commencer à remarcher presque normalement. Dans les vestiaires je rencontre Wouter Decock. C’est un Belge qui était à Belvès et qui fait partie de l’équipe nationale. Super sympa. Il termine 3eme de la course aujourd’hui et bat son record. On se dit peut être rdv en Lettonie en Aout 2014. De même, à la fin de mon 100, je croise une Allemande qui a abandonnée et qui me connait car elle est de l’équipe nationale elle aussi et m’a vu à Belvès.Rdv pris en Lettonie !

.....

 

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Published by jeromebellanca - dans Blog
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commentaires

widehem m. 21/10/2013 12:29

Bravo, encore pour ta course exceptionnel, il ai vraie que ce vent et les petites bosses sur les chemins de halage ne nous ont pas facilité la tâche par certains moment, mais je me souviendrais
longtemps de cette course. Je te souhaite le meilleur pour la saison prochaine.

jeromebellanca 22/10/2013 16:12



Merci ! a toi aussi le meilleur pour le futur. Chaque 100 est unique je pense et la course est tellement longue que les souvenirs restent.


A bientot



Derf 20/10/2013 21:28

Superbe récit qui donne envie. Encore bravo pur cette perf dans notre Picardie grise mais accueillante.

jeromebellanca 22/10/2013 16:10



Merci.


Si j'iapu donner envie tant mieux car notre discipline vaut le coup d'être + connue. Extra accueillante votre région, surtout les habitants. Merci encore A bientot



RABOISSON Jacques 20/10/2013 21:09

Jérôme, encore une fois bravo. Ton récit est palpitant et l'on "souffre" avec toi. En espérant que tu seras en pleine forme samedi pour un marathon qui doit être un tour d'honneur. A bientôt.
Jacques

jeromebellanca 22/10/2013 16:09



Salut Jacques,


 


J'espere que tu vas bien. Tant mieux si j'ai pu traduire un peu mes sensations /émotions: c'est le but mais je ne suis pas écrivain dans l'ame. Oui je serais au marathon en lièvre des féminines:
no stress, no pression... j'adore.


A bientot